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 Nous arrivons à Manille à 3h du matin : la ville grouille déjà de millions de voitures, les marchés commencent doucement à être actifs et nous sommes encore dans les vapes après une courte nuit. Nous marchons environ deux heures avant de trouver (enfin) le fameux terminal de bus pour se rendre à Banaue (au nord de Luzon) qu’il a été difficile de trouver même avec l’aide des locaux. D’après les employés, il faudra attendre environ 3h (jusqu’à 8h du matin) pour pouvoir monter dans le bus. Mais c’est à 7:55 lorsque nous commençons enfin à nous activer après un petit café instantané, qu’on nous annonce que le bus ne partira pas avant 21h. Manque de compréhension ou juste un problème de bus, nous ne le saurons jamais. Mais pour ne pas perdre de temps, nous trouvons un autre bus qui se rend dans la ville au nord la plus proche. C’est six heures plus tard, que nous arrivons enfin à Baguio et nous y passerons la journée en attendant notre bus pour Banaue qui partira à 21h.

Nous en profitons pour faire une petite balade dans le parc de la ville et nous commençons à sentir l’air frais des montagnes. Après un long trajet dans un bus où le chauffeur n’a pas eu peur de risquer sa vie ni celle de ses passagers, nous arrivons à l’aube dans une ville déserte. Mais qui dit touristes à l’arrivée dit guides et taxi drivers. Nous nous faisons donc embarquer dans un van accompagnées d’une norvégienne et d’un guide qui nous propose gentiment de nous offrir le café lorsqu’il nous explique les différents tours touristiques du coin. N’étant pas dupes nous savons bien que nous pouvons faire tout ça sans guide, mais un petit café n’est pas de refus. Déposant nos sacs dans un des nombreux hôtels du village, nous payons pour profiter d’une bonne douche chaude afin de se ressourcer après quelques jours de voyage. C’est après un petit déjeuner à base de riz, de légumes crus et d’œufs que nous reprenons des forces.

Nous rencontrons alors 4 français que nous re-croiserons plusieurs fois dans le village et qui nous proposent de partager un tricycle. Allant beaucoup plus loin qu’eux, nous décidons cependant d’attendre un peu en espérant qu’un bus, qu’un jeepney ou même qu’une simple voiture passe devant nous en direction de Bontoc. Nous estimons être assez chanceuses puisque c’est seulement au bout de 10mn qu’une sorte de petite camionnette de livraison s’arrête et malgré la difficulté de communication avec le conducteur dû à la barrière de la langue, et que le conducteur accepte de nous embarquer sur le toit. Nous y passerons donc 2h en s’arrêtant dans plusieurs villages pour livrer ses produits, rendant à chaque fois le véhicule un peu plus léger malgré les nombreuses bouteilles d’eau prévues pour refroidir le moteur toutes les 20 mn environ.
Arrivées à destination, nous avons 15mn pour nous rendre au terminal de jeepney afin de monter à bord du dernier de la journée qui partira à 15h. Pile à l’heure (et même un peu en avance) nous partons en compagnie de nombreuses familles retournant dans leur village depuis la ville. Nous traversons les routes sinueuses du nord des Philippines, nous nous faisons déposer en bord de route où nous devons prendre une moto cross qui nous déposera à la fin d’un chemin non achevé et nous arrivons finalement à la dernière étape de ce long périple. En effet, pour atteindre le village perché de Buscalan, il nous faudra descendre puis remonter la colline afin de traverser la vallée. Nous arrivons à la tombée de la nuit et après une grosse négociation pour y rester sans guide, nous trouvons finalement un hostel qu’un italien rencontré dans le ferry nous avait conseillé: Charlie’s homestay. Très agréablement surprises de l’accueil des locaux, nous nous sentons comme à la maison et y resterons durant 2 jours environ. Nos journées ne sont pas bien remplies mais l’ambiance est agréable, reposante et il fait bon.
Le tatouage au bamboo fait par Joana nous prendra tout de même 4h environ chacune et d’affilé. Le procédé est long: Elle commence d’abord par dessiner le modèle à l’aide d’une petite brindille de bamboo qu’elle trempe dans de l’encre (en formant des cercles par exemple), puis après avoir déposé le charbon liquide sur l’épine du bamboo, elle tape en continue sur la peau avec un autre manche, gravant des milliers de petits points sur le dessin qui avait été fait en amont. C’est avec peine que nous redescendons la vallée: en ayant vite compris pourquoi les gens restent souvent plus d’une semaine à Buscalan. Tout d’abord pour y aller il faut vraiment vouloir y aller et deuxièmement, l’ambiance est tellement plaisante que personne n’a envie de partir. Après avoir eu la chance de voir la fameuse Whang-Od: une vielle dame de 101 ans qui tatoue les touristes venus par dizaine chaque jour (de tous les pays du monde entier) afin d’avoir la chance d’être marqué à vie par sa signature (trois petits points alignés).
Retour 3 jours plus tard à la case départ. C’est dans le même hostel que nous repayons une douche, cette fois-ci froide, que nous mangeons notre bol de riz et notre œuf et que nous repartons directement pour Batad: un village reconnu au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses rizières impressionnantes. Après un voyage de plus en jeepney, nous marchons à travers une petite forêt et descendons quelques marches, et nous nous retrouvons face à un magnifique coucher de soleil sur les rizières flamboyantes: difficile de résister à une bière devant une telle vue.
Il commence à faire nuit et c’est l’heure pour nous de trouver un endroit où dormir. On n’a plus beaucoup d’argent et comme il fait encore chaud la nuit, nous décidons de trouver un endroit pour accrocher nos hamacs. A la lumière de nos lampes frontales nous essayons de discerner n’importe quelle structure qui nous permettra d’y passer la nuit. La seule chose qui se présente à nous à ce moment-là est une sorte d’abris sur le chemin fait de 4 piliers. Cependant à peine installées telles des chenilles dans nos cocons, deux femmes passent et nous conseillent de changer d’endroit. En effet nous sommes en plein milieu du chemin mais le manque de lumière nous empêche d’y voir clair. C’est alors que nous voyons au loin le faisceau d’une lampe torche qui s’approche petit à petit et qu’un habitant du village : Wendy, nous invite à dormir dans une petite cabane vacante qu’il a construite dans son jardin. En arrivant nous entendons les trois petits rires curieux de ses filles à l’étage qui se demandent ce que font deux étrangères chez elles en plein milieu de la nuit. Wendy nous montre où nous pouvons accrocher nos hamacs et s’installer tranquillement dans la cabane en bois qui sert à stocker leur riz.

Le matin, réveillées au son des coqs et des chiens, nous admirons le soleil levant qui progresse sur les terrasses de riz qui nous entourent. Wendy vient nous voir et nous demande de patienter quelques minutes pendant que sa fille aille chercher des haricots verts du jardin avant de nous proposer un délicieux petit déjeuner 100% local cuisiné avec leur propre riz et haricots. Après s’être régalées, nous partons en direction d’une cascade blottie au fond de la vallée. Wendy nous indique le chemin; “just follow the cement” (our version of Dorothy’s yellow brick road). Nous zigzagons à travers les rizières jusqu’à atteindre le sommet des escaliers qui nous amènent vers la cascade de Tappia. Au fur et à mesure que nos pas se rapprochent du grondement fracassant de l’eau fraîche, nous pensons aux 550 marches sous le soleil de midi qui nous attendent gentiment pour le retour.

 

Lorsque nous arrivons vers 9h30, il n’y a encore personne. L’endroit est paisible, l’eau revigorante et nos esprits sereins. La journée s’annonce bien! Un dernier petit plongeon avant d’entamer la montée – et c’est reparti! 1001 marches plus tard, nous arrivons à la plus haute des rizières qui surplombe Batad. Arrivées en haut, c’est en tournant la tête que nous oublions la douleur de nos cuisses et nous en prenons plein les yeux. Un panorama saisissant d’une vallée recouverte en totalité de plantations de riz, entourée de montagnes et parsemée de petites maisons. Construites par les Ifugao (peuple qui a donné son nom à la région) il y a plusieurs milliers d’années, les rizières font maintenant partie de la montagne – tel un amphithéâtre prêt à accueillir un spectacle grandiose. Puisant intelligemment l’eau directement de celle-ci afin d’irriguer les plantations de haut en bas grâce à un système ingénieux ces rizières sont la principale activité de la population et leur gagne-pain; bien qu’étonnamment nous apprenons que la majorité du riz récolté est destinée à leur propre consommation. Comme projeté des siècles en arrière, Batad , difficilement accessible ( il faut en effet marcher 20 minutes sur un sentier pour arriver à l’entrée), sans réseau et loin des soucis de la vie, est une petite bulle de paradis. Maintes sont ceux qui y vivent depuis leur naissance et à qui l’idée de partir ne leur a jamais traversé l’esprit.

Afin de rejoindre Banaue où nous avions laissé nos gros sacs, nous décidons de profiter des environs et de rejoindre la route en faisant une randonnée de quelques heures. Seules au monde entre l’ombre des arbres et une vue à 180° sur les chaînes de montagnes et la vallée d’en face, nous traversons des petits villages et des plantations de tomates jusqu’à atteindre la route, 3 heures plus tard.
On nous avait prévenues qu’il serait peut être difficile de trouver un moyen pour rejoindre Banaue; les jeepneys ne passant qu’une fois par jour et les vans ne s’arrêtant que dans les grandes villes. Confiantes comme nous sommes, nous décidons d’attendre au bord de la route et d’arrêter les véhicules. Il est juste un peu après midi et le soleil brûle de plus en plus. Les passages sont rares, alors quand nous voyons un tricycle arriver en sens inverse, nous courons pour lui demander s’il voudrait être notre sauveur. Venant tout juste de Banaue, il nous propose un prix élevé pour compenser son aller-retour, mais nous conseille tout de même de marcher jusqu’au prochain hameau où nous pourrons sûrement trouver d’autres tricycles à moitié prix. Accompagnées de deux chiens qui nous suivent loyalement, nous arrivons à Bangaan où un jeune de 15 ans en train de peindre son tricycle, ravi de se faire un peu d’argent de poche, accepte de nous y amener pour une somme correcte. Bien évidemment tout le monde se retourne sur notre passage, n’étant pas très habituel de voir un adolescent trimbaler deux touristes en tricycle. Petit coup de stress quand nous revenons à l’hostel lorsque la gérante nous dit qu’elle ne sait pas où sont nos sacs. Plus de peur que de mal : nous les retrouvons rangés dans une chambre.

Après une bonne douche bien méritée et un repas consistant nous sommes prêtes pour 11 heures de bus; une nuit pleine de rebondissements (littéralement) dans un bus qui semble essayer de battre un record de vitesse sur les routes sinueuses et mal en point jusqu’à Manille (la capitale). Il est 4h du matin lorsque nous arrivons en ville. Les pots d’échappement, les klaxons et les bouchons alors qu’il fait encore nuit ne nous avaient pas manqués. Tata, le chauffeur de Helen vient nous chercher et nous amène prendre le café chez elle à son réveil. Nous profitons de cette journée pour visiter la capitale : Chinatown, MOA (le plus grand centre commercial d’Asie), se promener sur les quais… La voiture et la climatisation: un grand contraste par rapport aux derniers jours, nous donne l’impression de faire un voyage de luxe, mais ça fait du bien de souffler un peu.Après une bonne nuit de repos dans un lit nous sommes prêtes pour prendre la route avec Helen et Tata; direction le volcan Taal.

À deux heures de route au Sud, nous prenons sur le passage une des cousines d’Helen et arrivons à Tagaytay de bonne heure. Cependant, manque de chance, en montant au sommet pour admirer le fameux volcan au cratère énorme, nous sommes emmitouflées dans un épais brouillard blanc. Heureusement que les cartes postales en vente nous permettent d’imaginer la vue – qui a l’air vraiment pas mal. C’est l’heure de manger mais avant, en guise de mise en bouche, nous nous arrêtons tous les 100 mètres au bord de la route: épis de maïs fraîchement cueillis et grillés puis ananas juteux et bien mûrs (Tagaytay et ses environs sont un des principaux producteurs d’ananas dans tout le pays). Sans oublier bien sûr notre coup de cœur du jour : le jackfruit. Fruit tropical très commun en Asie, c’est le plus grand fruit issu d’un arbre fruitier, sucré et avec une texture que nous ne pouvons comparer à aucun autre fruit: nous tombons sous le charme. Au retour, Helen et sa cousine veulent absolument nous entendre chanter et nous sommes donc invitées à faire un karaoké chez elle. Assez gênant, nous chantons (faux évidemment) sous le regard amusé et moqueur des adultes et des enfants. Il est 21 heures quand nous reprenons la route et en arrivant, 10 minutes nous suffisent pour tomber dans les bras de Morphée.
Le lendemain, notre avion en direction de Jakarta (Indonésie) étant à 21h, nous profitons de notre dernière journée Philippine pour ne rien faire. C’est avec un petit pincement au cœur, que nous nous rendons à l’aéroport que nous connaissons presque par cœur (voir notre premier article). En effet, après un mois au Philippines, nous nous sommes bien imprégnées de la culture, habituées à leur humour, prétendons parler un peu la langue (entre les centaines de dialectes), connaissons la géographie du pays presque mieux que les locaux, et sûres d’une chose: ne plus jamais rentrer dans un karaoké philippin. Ce sentiment s’estompe vite puisque nous sommes tout de même impatientes de découvrir l’île de Java, en Indonésie.  

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